« L’illusion spontanéiste » des « digital natives »

Via le blog de l’Urfist, je viens de prendre connaissance de l’enquête menée par le Groupe Edudoc et le Conseil Inter-Universitaire Francophone (CIUF).

Cette étude qui corrobore ce que je dis et écris depuis plusieurs mois : la notion de « Digital Natives » exige de la précaution à l’emploi.

Je vous recommande de lire l’article sur le blog de l’Urfist qui 1) fait une analyse de cette étude et 2) pointe sur elle.

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Recommandation de lecture: Le management de l’intelligence collective par Olivier Zara

Olivier Zara vient de sortir la seconde édition de son ouvrage « Le management de l’intelligence collective« 

Olivier a la gentillesse d’y insérer une interview qu’il avait réalisé sur mon expérience dans le projet d’écriture collective « we are smarter« .

Ce n’est pas pour cela que je vous recommande d’acheter et de lire cet ouvrage.

Les raisons sont :

  1. Il y a peu de livre qui croisent « Management » et « Intelligence collective ». La tendance est plus de croiser macro-économie ou société et intelligence collective.
  2. Olivier travaille sur cette thématique depuis de très nombreuses années ce qui fait de lui l’un des spécialistes internationaux du sujet. Je n’avais pas commencé mon DEA qu’il était déjà là :-)
  3. J’ai eu l’opportunité de lire ce texte dès la mi-avril et il est riche tout en étant facile à lire.
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Pourquoi j’utilise reCAPTCHA pour modérer mes commentaires

Afin de m’assurer que mon blog ne fasse pas l’objet d’attaques par des robots, j’ai souhaité comme beaucoup de monde utiliser un « Captcha ».

Un « Captcha » pour ceux qui ne connaîtraient pas, est un système qui oblige le commentateur à retranscrire manuellement le contenu texte d’une image aléatoire. Cela permet ainsi de s’assurer que le commentaire est le fait d’un humain et filtre de nombreux spams.

Kevin Lanteri, qui a developpé ce blog, m’avait recommandé reCAPTCHA et j’en suis heureux pour deux raisons :

  1. Cet outil gratuit fait correctement son travail.
  2. Cet outil me permet de contribuer simplement à un programme de numérisation des savoirs.

Je m’explique sur ce second point.

Les textes contenus dans les images aléatoires générées par reCAPTCHA sont des fragments de textes numerisés mais que les logiciels de numérisation (dits « OCR ») ne parviennent pas à lire. La numérisation est donc partielle : le texte n’est pas réappropriable, il reste sous forme d’image. L’intervention humaine permet de pallier à cette lacune logicielle et rend la numérisation aboutie. Cette intervention a lieu chaque fois que quelqu’un laisse un commentaire.

reCAPTCHA est donc un très bel outil de crowdsourcing!

Il est téléchargeable ici.

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Publication de l’OCDE sur le « web 2.0″

Je viens de prendre connaissance de l’ouvrage « Participative Web and User-Created Content: Web 2.0, Wikis and Social Networking« .

 

C’est une référence qui commence à dater mais qui, remise dans son contexte (décembre 2006), est de grande qualité.

 

Elle s’inscrit dans la lignée du sérieux méthodologique des productions de L’OCDE et fournira, à tous ceux qui ont une culture et une approche économique, d’excellentes clés de lecture adossées à des chiffres.

 

Merci aux deux auteurs, Graham Vickery et Sacha Wunsh-Vincent, pour ce travail. Il permet d’avoir une vision objectivée de l’impact du web 2.0 et devrait ainsi contribuer à renforcer son développement en attirant l’œil d’investisseurs et de politiques plus classiques.

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WebCom Montreal – Web 2.0 et Entreprise 2.0 – 14 mai 2008

Claude Malaison de Emergence Web vient gentiment de me confirmer la présence de quelques grands noms des sujets abordés.

  • Pierre-Karl Péladeau – Président et chef de la direction Québecor Media Inc.
  • Bryan Eisenberg – Future Now, co-fondateur de la Web Analytics Association et auteur (États-Unis)
  • Andrew McAfee – Professeur Harvard Business School et «père» de l’Entreprise 2.0 (États-Unis)
  • Frédéric Cavazza – Consultant indépendant (France)

Mais aussi Bertrand Duperrin, qui porte haut la question de l’entreprise et de ses changements necessaires avec l’introduction de la participation ou encore Xavier Aucompte, infatigable promoteur des mondes virtuels et du renouvellement des intranets.

Un beau panel et donc une raison de plus pour aller voir nos cousins Québécois!

Toutes les informations sont accessibles ici.

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PersonAll et Knowledge Networks (1/2)

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PersonAll et Knowledge Networks (2/2)

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Collectivités locales et web 2.0

Avant-hier j’ai été invité par la Direction de la Prospective du Grand Lyon à intervenir sur les “nouveaux media participatifs”. L’agglomération lyonnaise a initié depuis quelque temps une réflexion pour faire de Lyon une “Métropole du savoir” et souhaitait approfondir la question du “web 2.0”.

L’équipe de la prospective m’a fourni une feuille de route intéressante: “Nous souhaiterions que vous nous décortiquiez le système des nouveaux médias collaboratifs : à quoi ils servent ? Qui s’en sert (le public)? Quelle place ils prennent au milieu des autres canaux de la connaissance? Par rapport aux journalistes traditionnels? Est-ce une rupture ou une continuité des schémas antérieurs? Quels en sont leurs limites ou leurs effets non désirés?”
Sur cette dernière question se cachait en fait le possible brouillage du statut de l’information, entre connaissance scientifique ou journalistique vérifiée ou opinion ou communication.

Chrystophe Oléon, le créateur et animateur de Greblog était aussi présent pour témoigner de son expérience qui vient juste de fêter sa deuxième année. Cela nous a permis de proposer un éclairage construit et complémentaire.

Autour de la table, il y avait une belle brochette de personnalités pour écouter, enrichir et débattre des points que Chrystophe et moi avons mis en avant. A savoir :

Un grand merci à tous! Voici la trame de ma présentation.

Première partie: Les nouveaux médias collaboratifs

A – A quoi servent-ils?

1 – Production
La mise en réseau des actions individuelles permet la production collective de masse. Il apparaît des communautés spécialisées autour d’usages particuliers : l’une les photos (Flicker), l’autre la vidéo (YouTube), une autre la connaissance (Delicious, Wikipedia).
On appelle cela le crowdsourcing – le contenu est généré par les utilisateurs.

2 – Traitement collectif de l’information

- Digg, Wikio mais aussi delicious sont articulés autour des systèmes de notation et donc de valorisation de l’info. L’effet communautaire crée une masse qui permet de s’approcher d’un degré acceptable de pertinence. C’est ce qui amené certains internautes à utiliser Delicious plus que Google.
- L’idée sous-jacente est que l’information mise en valeur par des proches (culturels) a plus de valeur et de fait mérite plus d’attention.

3 – Socialisation des individus
Cela implique un ré-agencement de l’expérience du Temps et de l’Espace. On va avoir des amis partout dans le monde, être au courant de plein de choses sur leur vie et ne pas savoir ce que fait son voisin. C’est une remise en cause partielle de la notion de territoire dans ce sens que le territoire n’est plus le lieu unique de socialisation. La proximité est culturelle et pas géographique.

B – Nouveau ou Renouveau?

Malgré le traitement médiatique et la perception qu’ont les acteurs du web, le web 2.0 c’est plutôt la re-émergence de schémas antérieurs.

Ce qui est nouveau:
- L’infrastructure ou le web comme plateforme.
- La portée: la déterritorialisation

Ce qui re-émerge:
- Au niveau des mass media
La crise de la presse est avant tout une crise industrielle (les coûts de production de supports), pas économique (abonnement et pub sont les deux modèles économiques du web 2.0 qu’ils ont pris aux media). Crise aussi morale avec les stratégies de maîtrise de l’agenda médiatique par les politiques – quelque chose d’assez ancien mais que Sarkozy a mis en acte de manière assez … franche.
Les blogueurs remettent en valeur le correspondant local, c’est-à-dire finalement une presse que l’on a connue jusque dans les années 70 (avant l’émergence du magazine en France et du supplément du dimanche chez les anglo-saxons).

- Au niveau de la valeur de la connaissance
Le filtrage d’information réactive une manière d’objectiver et de consommer l’information avant l’émergence des institutions du savoir (Presse, voire même pour être polémique Université). On croit en la validité d’une information parce que l’on connaît la personne qui nous la passe. Le filtre est humain. On connaît cette personne avec ses forces et ses faiblesses donc on filtre le filtre.

- Au niveau de la production industrielle
Le crowdsourcing se structure sur une base similaire aux organisations proto-industrielles. Il y a un centre qui transforme et co-ordonne des personnes, souvent independantes, travaillant à domicile. Ce fut par exemple le cas de l’industrie lyonnaise de la soie.

- au niveau de la socialisation des individus
On est sur la lancée de la rematérialisation de la présence malgré la distance au travers des réseaux sociaux et des mondes virtuels.

C – Les effets non-desirés des nouveaux media

- Pollution de l’information (qualitatif)
Le contenu participatif est associé à une production médiocre et donc à de la pollution. Le web 2.0 fait émerger la connaissance populaire. Elle ne remet pas en cause la valeur de la connaissance scientifique et les méthodes pour y parvenir. C’est un re-équilibrage.
Est-ce que les intellectuels ont le monopole du savoir et de la pertinence?
Depuis l’invention de l’intellectuel au second XIXe siècle et quelque part dans les années 50-60, on a pensé « OUI ». Cela s’est traduit par la monopolisation du débat et de l’espace médiatique par quelques-uns.
Les récentes analyses faites sur Wikipedia et Enclyclopedia Britannica par Nature montrent que Wikipedia serait un peu mieux. Ce n’est pas la seule étude. Ce que montre ces études c’est que le travail de 15 millions de personnes sur un article permet d’arriver à un niveau de pertinence comparable au travail d’un expert (la quantité rejoint la qualité). La réponse à la question précédante est donc « NON ». Les contenus collaborativement élaborés sont de qualité et ne sont donc pas de la pollution. La réputation est le fruit de la participation, pas du statut.
Cette re-émergence crispe les débats parce qu’elle change le train-train, elle chamboule ce qui est devenu routine voire conservatisme. Ce qui est en jeu ici est profondément politique. L’Aristocratie du savoir est sur la défensive. Ce qui est en jeu porte sur le statut social des travailleurs de l’information (journalistes) ou de la connaissance (les scientifiques).
Parce que quand même c’est, il me semble, la logique interne de la démarche scientifique que d’accepter la controverse. Un scientifique qui refuse le dialogue cesse de faire de la science. Il bascule dans l’idéologie et la défense corporatiste. Cette concurrence doit inciter les travailleurs « officiels » de l’info et de la connaissance à mieux travailler et diffuser leur travail au plus grand nombre.

Wikipedia étant la cible principale de leur critique, je rappelle que Wikipedia est un cas limite car :
- Il est un projet encyclopédique, c’est à dire un projet traditionnellement d’intellectuels (D’Alembert et Diderot). C’est un usage marginal du wiki. Si les universitaires critiquent Wikipedia, ils sont bien contents d’utiliser une autre source construite par l’intelligence collecive: Connotea, le social bookmarking fait pour les chercheurs.
- Il est organisé par articles, des petits bouts de texte, et n’a pas d’autre contrainte que d’être progressivement (je souligne) exhaustif. Il combine avec un rare succès « contenu généré par les utilisateurs » et « intelligence collective ». Wikipedia est un très mauvais exemple de dynamique de production sociale. Tous ceux qui copient Wikipedia se plantent.

- Explosion de l’information (quantitatif)
Le web participatif contribue à l’explosion de la quantité d’information disponible. Deux conséquences:
- Le problème n’est plus l’archivage, mais l’accès > il faut réorienter les missions affectées aux DSI
- Renforcement des capacités de filtrage > filtrage technique avec la personnalisation et le RSS élaboré / > filtrage humain avec la capacité à comprendre l’information pour l’évaluer. Cela appelle à plus d’intelligence et donc interpelle la manière dont on pense l’éducation tout en confortant la place des journalistes et scientifiques.

- La diffusion des informations et savoirs
Le bouche à oreille ou le buzz redevient un élément clé de diffusion d’information.
La participation fait que les consommateurs ont la capacité aujourd’hui d’initier (produire) et de poursuivre le dialogue avec une marque ou une institution, même si celle-ci ne le souhaite pas.
La réclame, l’injonction ou l’interdiction sont à ranger au musée. YouTube interdit au Pakistan, Turquie, Chine car il déplait aux autorités en place sont des réactions d’arrière-garde.
Il faut dialoguer en continu. C’est une lecon que l’on connaît déjà : les crises de la société de consommation a obligé le producteur à faire passer son dialogue avec le consommateur de l’épisodique au quotidien.

D – Les limites

- La fiction de la main invisible
La limite c’est la croyance dans l’autorégulation. Même si beaucoup de promoteurs du 2.0 sont plutôt des libertaires, ils ont tous cette idée Smithienne de la main invisible.
Wikipedia, We Are Smarter et n’importe quelle autre communauté a une hiérarchie. L’INRP l’a montré dès mars 2006.
Comment on accompagne, quelles sont les logiques sociales de l’engagement. A partir de là on peut travailler.
- de nouveaux métiers: gestionnaire de communauté
- un rôle d’ordonnancement
Le politique est donc toujours aussi important dans sa capacité d’ordonnancement. Si le web 2.0 remet en cause une certaine autorité, elle ne remet certainement pas en cause les rôles d’intervention de la puissance publique. Le rapport dit « Muet » l’avait déjà mis en avant et cela reste une constante.

- Les vertiges de l’identité
On peut être un autre soi-même ou quelqu’un d’autre sur la toile. Cela est perturbant. Pas parce que c’est nouveau, cela fait des années que des écrivains ou des résistants prennent des noms d’emprunts pour s’exprimer et agir, mais parce que l’Administration ne connaît qu’une seule identité: celle de l’état civil.

Seconde Partie – Utilisation par et pour la puissance publique des nouveaux media collaboratifs

- Évaluation et Amélioration de l’efficacité des services fournis aux administrés.
Exemples : Patient Opinion pour le NHS, FeedBack2.0 pour la SNCF.

- Communication plus efficace de la personne publique
Aller à la rencontre des personnes potentiellement intéressées. Cela veut dire porter le message sur des plateformes ou les gens sont présents et non faire un site web hyper-exhaustif mais que personne ne visite et laisser ces espaces aux critiques.
Exemple: Services du Premier Ministre Britannique sur YouTube. Pourquoi les voeux de Blair à Sarkozy ont-ils été si souvent repris par les media? Parce qu’au lieu que cela se fasse par un coup de fil et un télégramme, cela s’est fait en vidéo et rendu disponible à tous sur YouTube.

- Veille pour l’action et la réputation de la personne publique
Le web est un medium et il mérite, comme les autres media, de l’attention. La maîtrise de l’information commence par l’accès à l’information (et non la maîtrise de la source d’information). L’agrégation de flux RSS pour suivre ce qui se dit sur la collectivité, certaines politiques ou certains politiques. On est dans les schémas classiques de gestion de réputation et de prévention de crise.
Outils: Netvibes, BlastFeed, PersonAll par exemple.

- Enrichissement de services déjà existants
La puissance publique joue un rôle d’information pour le public très important. En France, se tourner vers l’Etat ou les institutions publiques est un réflèxe. Pourtant cette information est difficile à actualiser et est loin d’être exhaustive. L’Administration n’est ni omnisciente, ni omnipotente. Elle n’a pas non plus le monopole du service au public. Il est tout à fait possible de tirer bénéfice de l’énergie et des savoirs de ses administrés.
On est ici sur des dispositifs d’incitation et d’organisation bien compris en France par l’administration publique. La puissance publique peut proposer un projet (l’objet), le dispositif technique associe (le support) et définir des règles de bonne intelligence (la gouvernance) pour donner aux gens la capacité de contribuer (ou pas) dans la mesure des possibilités (temps et compétence) de chacun.
Exemples:
- Culture: EverySquareMile, WikiTravel
- Guichet du savoir : Yahoo Answers, Innocentive
- Service à la personne: Gumtree
- Utilisation marginale des ressources publiques pour produire des nouveaux services au public (externalités positives en langage économique) : BBC Backstage

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SparkCampParis – un camp autour des startups pour engendrer des croissances explosives

Frederic Baud m’a gentiement pointe sur le prochain SparkCamp de Paris. Celui-ci aura lieu les apres-midi des vendredi 18 et samedi 19 avril 2008 chez Sun France.

« L’idée est de mettre en contact dans un format interactif les différents acteurs de l’écosystème entrepreneurial (porteurs de projets, coaches, investisseurs,..) pour créer les conditions qui généreront l’accumulation de masse critique sur certains projets et créeront des croissances explosives. »

Plus d’information sont accessibles ici et les inscriptions se font .

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La puissance des classiques

L’enjeu de la connaissance ouvre, plus exactement contribue à mettre le doigt, sur une crise de la pensée moderne au sens méthodologique. C’est le plus profond des chamboulements. Notre démonstration qui s’attache à montrer que la remise en cause de la mesure par l’immatériel possède un impact sur le management, à la fois comme pratique de pilotage et de coordination par le biais de valeurs essentiellement financières et comme catégorie socioprofessionnelle qui possède de fait ses propres valeurs morales, en est une preuve. Finalité et règles, faits et valeurs ne sont pas séparables. La méthode classique apparaît ce faisant plus apte que la méthode moderne à appréhender l’enjeu de la connaissance, les enjeux soulevés par une économie grandement fondée sur l’immatériel. Dans les faits cependant la pensée classique n’apporte aucune solution. Si tel était le cas, le problème serait déjà résolu. La tâche actuelle requiert donc de réactiver la méthode classique tout en allant au-delà de la solution à laquelle a abouti la pensée classique. Cela implique un travail de la preuve à partir d’éléments pratiques qui ne fasse pas fi des considérations morales. Cela implique un travail en économie et en sciences de gestion qui mobilise fortement la philosophie. Ce texte est le fruit d’une telle méthode.
Pour autant ce texte ne va pas au bout du chemin, puisque je ne résous que partiellement le problème fondamental. Ce problème, c’est celui que Peyrefitte qualifie de confiance (a). Notre société manque de confiance. Certes mais la confiance ne se décrète pas : elle se mérite, elle se construit, elle se pense. C’est la leçon qu’il faut retenir des penseurs classiques. Par le biais de la monnaie, ceux-ci ont réussi à institutionnaliser l’idée de marché et ainsi ont donné un cadre qui a permis aux membres de la société d’avoir confiance, de se faire confiance, et ainsi de s’épanouir. Le formidable développement de l’Europe n’est pas un hasard : il est un construit (b). Les classiques ont écrit à une époque où l’économie était essentiellement physique, matérielle. La connaissance apparaît dès lors comme un impensé bien naturel de la pensée classique. Naturel mais éminemment problématique pour nous, aujourd’hui. C’est la tâche de notre temps, sauf à vouloir – dans un mouvement d’antihumanisme inouï – donner raison à Marx quand il prophétise l’effondrement de notre système politico-économique, que de trouver un dispositif complet qui permette la confiance. Et pour cela, il n’y qu’une solution : il ne faut pas faire l’économie de la connaissance.

(a) PEYREFITTE, A. (1995), La société de confiance, Editions Odile Jacob, Paris.
(b) « Si l’on compare aux économies du reste du monde, l’économie européenne semble avoir dû son développement plus avancé à la supériorité de ses instruments et de ses institutions : les Bourses et les diverses formes de crédit ».
BRAUDEL, F. (1988), La dynamique du capitalisme, Flammarion, collection « Champs », Paris, pp 38-39, première édition française 1985.

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