Troisième et dernier décentrement, ce texte est le fruit d’un positionnement particulier et de convictions affirmées et assumées. Ce texte est le résultat d’une activité professionnelle à temps plein complétée par une activité de recherche sur plusieurs années. Elle est sous tendue par diverses convictions progressivement forgées au cours de cette double activité, notamment grâce au soutien de professionnels, de professeurs et de chercheurs de toute première qualité. La première est qu’action et réflexion ne sont pas séparables dans l’acte de connaître. Dans ce cadre, il n’est pas inopportun de préciser que les gens réfléchissent dans l’entreprise (pas tous certes), tout simplement parce qu’ils sont assaillis de problèmes à régler et qu’ils ont des comptes à rendre. La deuxième est que le management d’entreprise ne se réduit pas à un ensemble de techniques que l’on apprend principalement dans les Instituts d’administration des entreprises ou dans les écoles de management. La troisième est que les spécialisations fonctionnelles (organiques) dans les grandes entreprises sont certes un gage de performance mais aussi une source de problèmes car elles génèrent des incompréhensions et ne permettent pas d’avoir une vision globale du fait managérial. La quatrième est que ce qui se passe dans les entreprises impacte et est impacté par ce qui a cours dans la société dans laquelle elles évoluent : il y a perméabilité. La cinquième est que la théorie est primordiale car elle fournit un arsenal d’outils conceptuels. Elle fournit un surcroît d’intelligence. Ces outils conceptuels permettent de se forger une vision du monde et ainsi mettre en place des politiques concrètes, de prendre des décisions en adéquation avec les enjeux actuels (et non avec ceux d’hier). Arendt dit à ce sujet que « l’activité de connaître n’est pas moins un acte d’édification du monde que celui de construire des maisons » (a) . La sixième enfin est qu’il ne faut pas avoir peur d’aller au fond des choses (en dépassant les techniques) et qu’il est possible – et souhaitable – de parler de sujets complexes au plus grand nombre. Il faut se départir de la confusion entre discours simple et discours simpliste. La littérature et les discours managériaux ne sont plus crédibles tellement qu’ils sont victimes de cette confusion. Il faut donc cesser de produire des textes de 500 pages dont plus de 80% ne sont rien d’autre qu’un amas d’exemples non réplicables, présentés partialement et parfois faux (a) . Une telle littérature sert l’auteur, rarement le lecteur. Sur les questions managériales, le lecteur a besoin de sens c’est-à-dire d’éléments qui nourrissent sa réflexion spécifique, il n’a pas besoin de certitudes pré-mâchées. Restreindre un discours à partir des a priori négatifs que l’on peut avoir sur le public attendu est le signe d’une défiance qui dessert tout le monde, à commencer par l’auteur.
(a) ARENDT, H. (1996), Considérations morales, Payot, collection « Rivages Poche », série Petite Bibliothèque, Paris première édition américaine 1971, page 32.
(b) La majorité des exemples sur lesquels Peters & Waterman ont construit leur ouvrage-phare ont évolué vers des caricatures de sous-optimalité et de sous-performance.
PETERS, T.J., & WATERMAN, R. Jr (1983), Le prix de l’excellence, Inter-Editions, Paris.