L’impact de l’économie de la connaissance sur le management
par Olivier Amprimo - 24/11/2008 - Temps de lecture pour cet article: 0 mins. 09 secs.

Après deux jours aux Rencontres Internationales des Responsables Intranet la semaine dernière, l’idée de l’excellent Frédéric Soussin est simple, efficace et à mettre en œuvre d’urgence avant que nos entreprises transforment nos Digital Natives en Digital Dummies.

par Olivier Amprimo - 16/06/2008 - Temps de lecture pour cet article: 0 mins. 17 secs.

Via le blog de l’Urfist, je viens de prendre connaissance de l’enquête menée par le Groupe Edudoc et le Conseil Inter-Universitaire Francophone (CIUF).

Cette étude qui corrobore ce que je dis et écris depuis plusieurs mois : la notion de “Digital Natives” exige de la précaution à l’emploi.

Je vous recommande de lire l’article sur le blog de l’Urfist qui 1) fait une analyse de cette étude et 2) pointe sur elle.

par Olivier Amprimo - 27/03/2008 - Temps de lecture pour cet article: 8 mins. 36 secs.

Avant-hier j’ai été invité par la Direction de la Prospective du Grand Lyon à intervenir sur les “nouveaux media participatifs”. L’agglomération lyonnaise a initié depuis quelque temps une réflexion pour faire de Lyon une “Métropole du savoir” et souhaitait approfondir la question du “web 2.0”.

L’équipe de la prospective m’a fourni une feuille de route intéressante: “Nous souhaiterions que vous nous décortiquiez le système des nouveaux médias collaboratifs : à quoi ils servent ? Qui s’en sert (le public)? Quelle place ils prennent au milieu des autres canaux de la connaissance? Par rapport aux journalistes traditionnels? Est-ce une rupture ou une continuité des schémas antérieurs? Quels en sont leurs limites ou leurs effets non désirés?”
Sur cette dernière question se cachait en fait le possible brouillage du statut de l’information, entre connaissance scientifique ou journalistique vérifiée ou opinion ou communication.

Chrystophe Oléon, le créateur et animateur de Greblog était aussi présent pour témoigner de son expérience qui vient juste de fêter sa deuxième année. Cela nous a permis de proposer un éclairage construit et complémentaire.

Autour de la table, il y avait une belle brochette de personnalités pour écouter, enrichir et débattre des points que Chrystophe et moi avons mis en avant. A savoir :

Un grand merci à tous! Voici la trame de ma présentation.

Première partie: Les nouveaux médias collaboratifs

A - A quoi servent-ils?

1 - Production
La mise en réseau des actions individuelles permet la production collective de masse. Il apparaît des communautés spécialisées autour d’usages particuliers : l’une les photos (Flicker), l’autre la vidéo (YouTube), une autre la connaissance (Delicious, Wikipedia).
On appelle cela le crowdsourcing - le contenu est généré par les utilisateurs.

2 - Traitement collectif de l’information

- Digg, Wikio mais aussi delicious sont articulés autour des systèmes de notation et donc de valorisation de l’info. L’effet communautaire crée une masse qui permet de s’approcher d’un degré acceptable de pertinence. C’est ce qui amené certains internautes à utiliser Delicious plus que Google.
- L’idée sous-jacente est que l’information mise en valeur par des proches (culturels) a plus de valeur et de fait mérite plus d’attention.

3 - Socialisation des individus
Cela implique un ré-agencement de l’expérience du Temps et de l’Espace. On va avoir des amis partout dans le monde, être au courant de plein de choses sur leur vie et ne pas savoir ce que fait son voisin. C’est une remise en cause partielle de la notion de territoire dans ce sens que le territoire n’est plus le lieu unique de socialisation. La proximité est culturelle et pas géographique.

B - Nouveau ou Renouveau?

Malgré le traitement médiatique et la perception qu’ont les acteurs du web, le web 2.0 c’est plutôt la re-émergence de schémas antérieurs.

Ce qui est nouveau:
- L’infrastructure ou le web comme plateforme.
- La portée: la déterritorialisation

Ce qui re-émerge:
- Au niveau des mass media
La crise de la presse est avant tout une crise industrielle (les coûts de production de supports), pas économique (abonnement et pub sont les deux modèles économiques du web 2.0 qu’ils ont pris aux media). Crise aussi morale avec les stratégies de maîtrise de l’agenda médiatique par les politiques - quelque chose d’assez ancien mais que Sarkozy a mis en acte de manière assez … franche.
Les blogueurs remettent en valeur le correspondant local, c’est-à-dire finalement une presse que l’on a connue jusque dans les années 70 (avant l’émergence du magazine en France et du supplément du dimanche chez les anglo-saxons).

- Au niveau de la valeur de la connaissance
Le filtrage d’information réactive une manière d’objectiver et de consommer l’information avant l’émergence des institutions du savoir (Presse, voire même pour être polémique Université). On croit en la validité d’une information parce que l’on connaît la personne qui nous la passe. Le filtre est humain. On connaît cette personne avec ses forces et ses faiblesses donc on filtre le filtre.

- Au niveau de la production industrielle
Le crowdsourcing se structure sur une base similaire aux organisations proto-industrielles. Il y a un centre qui transforme et co-ordonne des personnes, souvent independantes, travaillant à domicile. Ce fut par exemple le cas de l’industrie lyonnaise de la soie.

- au niveau de la socialisation des individus
On est sur la lancée de la rematérialisation de la présence malgré la distance au travers des réseaux sociaux et des mondes virtuels.

C - Les effets non-desirés des nouveaux media

- Pollution de l’information (qualitatif)
Le contenu participatif est associé à une production médiocre et donc à de la pollution. Le web 2.0 fait émerger la connaissance populaire. Elle ne remet pas en cause la valeur de la connaissance scientifique et les méthodes pour y parvenir. C’est un re-équilibrage.
Est-ce que les intellectuels ont le monopole du savoir et de la pertinence?
Depuis l’invention de l’intellectuel au second XIXe siècle et quelque part dans les années 50-60, on a pensé “OUI”. Cela s’est traduit par la monopolisation du débat et de l’espace médiatique par quelques-uns.
Les récentes analyses faites sur Wikipedia et Enclyclopedia Britannica par Nature montrent que Wikipedia serait un peu mieux. Ce n’est pas la seule étude. Ce que montre ces études c’est que le travail de 15 millions de personnes sur un article permet d’arriver à un niveau de pertinence comparable au travail d’un expert (la quantité rejoint la qualité). La réponse à la question précédante est donc “NON”. Les contenus collaborativement élaborés sont de qualité et ne sont donc pas de la pollution. La réputation est le fruit de la participation, pas du statut.
Cette re-émergence crispe les débats parce qu’elle change le train-train, elle chamboule ce qui est devenu routine voire conservatisme. Ce qui est en jeu ici est profondément politique. L’Aristocratie du savoir est sur la défensive. Ce qui est en jeu porte sur le statut social des travailleurs de l’information (journalistes) ou de la connaissance (les scientifiques).
Parce que quand même c’est, il me semble, la logique interne de la démarche scientifique que d’accepter la controverse. Un scientifique qui refuse le dialogue cesse de faire de la science. Il bascule dans l’idéologie et la défense corporatiste. Cette concurrence doit inciter les travailleurs “officiels” de l’info et de la connaissance à mieux travailler et diffuser leur travail au plus grand nombre.

Wikipedia étant la cible principale de leur critique, je rappelle que Wikipedia est un cas limite car :
- Il est un projet encyclopédique, c’est à dire un projet traditionnellement d’intellectuels (D’Alembert et Diderot). C’est un usage marginal du wiki. Si les universitaires critiquent Wikipedia, ils sont bien contents d’utiliser une autre source construite par l’intelligence collecive: Connotea, le social bookmarking fait pour les chercheurs.
- Il est organisé par articles, des petits bouts de texte, et n’a pas d’autre contrainte que d’être progressivement (je souligne) exhaustif. Il combine avec un rare succès “contenu généré par les utilisateurs” et “intelligence collective”. Wikipedia est un très mauvais exemple de dynamique de production sociale. Tous ceux qui copient Wikipedia se plantent.

- Explosion de l’information (quantitatif)
Le web participatif contribue à l’explosion de la quantité d’information disponible. Deux conséquences:
- Le problème n’est plus l’archivage, mais l’accès > il faut réorienter les missions affectées aux DSI
- Renforcement des capacités de filtrage > filtrage technique avec la personnalisation et le RSS élaboré / > filtrage humain avec la capacité à comprendre l’information pour l’évaluer. Cela appelle à plus d’intelligence et donc interpelle la manière dont on pense l’éducation tout en confortant la place des journalistes et scientifiques.

- La diffusion des informations et savoirs
Le bouche à oreille ou le buzz redevient un élément clé de diffusion d’information.
La participation fait que les consommateurs ont la capacité aujourd’hui d’initier (produire) et de poursuivre le dialogue avec une marque ou une institution, même si celle-ci ne le souhaite pas.
La réclame, l’injonction ou l’interdiction sont à ranger au musée. YouTube interdit au Pakistan, Turquie, Chine car il déplait aux autorités en place sont des réactions d’arrière-garde.
Il faut dialoguer en continu. C’est une lecon que l’on connaît déjà : les crises de la société de consommation a obligé le producteur à faire passer son dialogue avec le consommateur de l’épisodique au quotidien.

D - Les limites

- La fiction de la main invisible
La limite c’est la croyance dans l’autorégulation. Même si beaucoup de promoteurs du 2.0 sont plutôt des libertaires, ils ont tous cette idée Smithienne de la main invisible.
Wikipedia, We Are Smarter et n’importe quelle autre communauté a une hiérarchie. L’INRP l’a montré dès mars 2006.
Comment on accompagne, quelles sont les logiques sociales de l’engagement. A partir de là on peut travailler.
- de nouveaux métiers: gestionnaire de communauté
- un rôle d’ordonnancement
Le politique est donc toujours aussi important dans sa capacité d’ordonnancement. Si le web 2.0 remet en cause une certaine autorité, elle ne remet certainement pas en cause les rôles d’intervention de la puissance publique. Le rapport dit “Muet” l’avait déjà mis en avant et cela reste une constante.

- Les vertiges de l’identité
On peut être un autre soi-même ou quelqu’un d’autre sur la toile. Cela est perturbant. Pas parce que c’est nouveau, cela fait des années que des écrivains ou des résistants prennent des noms d’emprunts pour s’exprimer et agir, mais parce que l’Administration ne connaît qu’une seule identité: celle de l’état civil.

Seconde Partie - Utilisation par et pour la puissance publique des nouveaux media collaboratifs

- Évaluation et Amélioration de l’efficacité des services fournis aux administrés.
Exemples : Patient Opinion pour le NHS, FeedBack2.0 pour la SNCF.

- Communication plus efficace de la personne publique
Aller à la rencontre des personnes potentiellement intéressées. Cela veut dire porter le message sur des plateformes ou les gens sont présents et non faire un site web hyper-exhaustif mais que personne ne visite et laisser ces espaces aux critiques.
Exemple: Services du Premier Ministre Britannique sur YouTube. Pourquoi les voeux de Blair à Sarkozy ont-ils été si souvent repris par les media? Parce qu’au lieu que cela se fasse par un coup de fil et un télégramme, cela s’est fait en vidéo et rendu disponible à tous sur YouTube.

- Veille pour l’action et la réputation de la personne publique
Le web est un medium et il mérite, comme les autres media, de l’attention. La maîtrise de l’information commence par l’accès à l’information (et non la maîtrise de la source d’information). L’agrégation de flux RSS pour suivre ce qui se dit sur la collectivité, certaines politiques ou certains politiques. On est dans les schémas classiques de gestion de réputation et de prévention de crise.
Outils: Netvibes, BlastFeed, PersonAll par exemple.

- Enrichissement de services déjà existants
La puissance publique joue un rôle d’information pour le public très important. En France, se tourner vers l’Etat ou les institutions publiques est un réflèxe. Pourtant cette information est difficile à actualiser et est loin d’être exhaustive. L’Administration n’est ni omnisciente, ni omnipotente. Elle n’a pas non plus le monopole du service au public. Il est tout à fait possible de tirer bénéfice de l’énergie et des savoirs de ses administrés.
On est ici sur des dispositifs d’incitation et d’organisation bien compris en France par l’administration publique. La puissance publique peut proposer un projet (l’objet), le dispositif technique associe (le support) et définir des règles de bonne intelligence (la gouvernance) pour donner aux gens la capacité de contribuer (ou pas) dans la mesure des possibilités (temps et compétence) de chacun.
Exemples:
- Culture: EverySquareMile, WikiTravel
- Guichet du savoir : Yahoo Answers, Innocentive
- Service à la personne: Gumtree
- Utilisation marginale des ressources publiques pour produire des nouveaux services au public (externalités positives en langage économique) : BBC Backstage